L’éducation positive du chien: de quoi s’agit-il?

L’éducation positive du chien, terme à la mode, est utilisé par nombre de (futurs) professionnels du milieu canin.

Or, force est de constater que pléthore de nouveaux et anciens éducateurs/comportementalistes se targuent d’utiliser des méthodes d’éducation positives alors qu’il n’en est rien.

L’éducation positive ne consiste pas simplement à ne pas utiliser de méthodes coercitives (collier électrique ou étrangleur, anti-aboiement), c’est aussi et surtout éduquer le chien avec des méthodes qui vont conditionner le chien à réitérer son comportement, parce qu’il y trouve un intérêt, et non punir le chien pour un comportement que l’on ne désire pas. Nuance… et explications.

L’éducation positive est scientifiquement prouvée efficace et se base sur du conditionnement opérant 

Nombre d’adeptes de méthodes punitives pensent que l’éducation positive, c’est « donner des snacks au chien »; or, c’est beaucoup plus subtil que ça. 

L’éducation positive c’est associer un comportement à un renforçateur (une récompense) , quel que soit ce renforcement. Cela peut-être de la nourriture, mais aussi un jouet, l’intonation de la voix, une caresse. Il y a autant de renforçateurs que de chiens. 

L’éducation, ce n’est pas s’imaginer que le chien comprenne tout seul ce qu’il peut faire ou pas; elle apprend au chien et au maître ce qu’il y lieu de mettre en place, concrètement.

Ces méthodes ont été scientifiquement démontrées par le psychologue Frederic Skinner, qui a créé les quatre quadrants du conditionnement opérant: renforcement positif, renforcement négatif, punition positive, punition négative. 

Sans rentrer dans les détails, que nous verrons dans ma formation (disponible en septembre 2022), l’éducateur positif n’utilise que deux de ces quadrants. Il s’agit de ceux dans lesquels il n’y a rien qui puisse faire du mal au chien, ni physiquement ni psychologiquement.

L’éducation positive vs l’éducation punitive

L’éducation positive n’est pas facile. Elle requiert une véritable connaissance du chien, de ses capacités cognitives, de sa manière de communiquer, de son environnement. Bref, il s’agit de s’adapter à chaque chien. Il n’y a pas de méthode « taille unique ». L’éducation positive c’est comprendre le chien dans son contexte environnemental (famille, espace, activités) et expliquer concrètement au maître ce qu’il y a lieu de faire pour que son chien adopte/n’adopte plus tel ou tel comportement. 

Elle s’assure que les besoins du son chien soient satisfaits au lieu d’estimer que le chien « n’a qu’à » s’habituer au mode de vie de son maître.

L’éducation punitive c’est utiliser la force et la peur: des coups sur la laisse, des cris, des injonctions, colliers électriques/étrangleurs/anti-aboiement, des claquages au sol de bidons remplis de cailloux, des restrictions, des règles imposées par l’homme au chien, et bien souvent, des interdictions de socialisation. C’est très facile de punir au lieu d’éduquer dans la bienveillance, la patience et le respect de l’intégrité du chien.

L’éducation par la hiérarchie, une autre forme de maltraitance

L’éducation positive n’utilise pas la supposée hiérarchie entre chiens et humains.

Il est désolant de constater qu’en 2022, des éducateurs/comportementalistes qui se disent prôner des méthodes positives d’éducation, utilisent la hiérarchie pour tout solutionner. 

Premièrement:

Nous n’avons pas assez de recul pour estimer qu’une hiérarchie existe entre le chien et son maître; dès lors, lui interdire de manger avant vous, l’empêcher de se coucher dans un passage, de se reposer dans le sofa, etc., n’a aucun intérêt éducatif; pire, c’est imposer des « règles » que le chien ne comprend pas. Dans une meute de chiens féraux, constituée, pour faire simple, par les parents et enfants, ou par intérêt de survie lorsque des chiens errants se retrouvent, chacun prend sa place naturellement. Bien sûr, il y a un leader dans une meute, mais pas un « chef » qui va imposer sa loi et qui doit se battre pour la garder.

Aucun chien, même dans son milieu naturel, ne cherche à dominer. Ce n’est pas dans le génome du chien et cela n’a aucun intérêt pour la survie de son espèce.

De même, aucun chien n’est « dominant » ou « dominé ». Il l’est dans certaines circonstances, et avec certains individus (par exemple dans le cadre d’une protection de ressource). Chaque chien a sa personnalité et il y a des chiens qui s’entendent et d’autres pas, tout simplement.

Deuxièmement

Que l’on croie à la hiérarchie entre humains et chiens ou pas, ce n’est pas une « méthode d’éducation ». Les défenseurs de l’éducation par la hiérarchie n’ont qu’une solution toute faite pour les troubles comportementaux. Puisque le chien doit comprendre qu’il vous est inférieur et doit vous obéir, ils utilisent des méthodes ridicules (comme évoquées plus haute: pas de fauteuil etc.) mais surtout coercitives. Le chien n’obéit pas? Il faut le gronder, lui dire « non » fermement et si ça ne marche pas, le gronder plus fort! Le chien est réactif quand il croise un autre chien? Un coup de spray dans la gueule! Le chien aboie? Ignorez-le! Le chien monte sur le fauteuil? Ordonnez-lui de descendre! et ainsi de suite. Non, l’éducation par la hiérarchie n’est pas une méthode positive. C’est un non-sens, une méconnaissance troublante de ce qu’est un chien, et un dédain total de ses besoins.

Petit exemple maison!

Ma teckel Simone monte sur le fauteuil car cela nous plait à toutes les deux et elle n’essaie pas de me dominer pour autant! Si vous souhaitez que votre chien ne monte pas dans le fauteuil, un éducateur positif vous expliquera concrètement comment régler cela par du conditionnement opérant et donc à lui apprendre que descendre du canapé lui apportera une récompense, un renforçateur. Ce n’est pas en le grondant , en lui disant fermement « descends! » et en le faisant manger après vous que le problème sera réglé!

Estimer que le chien doit vous obéir, qu’il est sous vous hiérarchiquement, est non seulement un dénigrement de sa nature, mais j’irais même plus loin, c’est aussi décider pour lui et être sûre, grâce aux règles, que le chien comprendra sa place. Ce n’est rien d’autre qu’une forme sournoise d’anthropomorphisme. Il est beaucoup plus facile de décider pour un chien qu’on croit connaître, plutôt qu’étudier et observer son comportement et sa singularité. Le chien n’est pas un humain et ne fonctionne pas comme tel.

Casser un chien est vite arrivé. Casser c’est traumatiser. Parce que le chien a été puni et qu’il ne comprend pas pourquoi. Il a souffert et dès lors vit dans la peur de revivre cette expérience. J’en vois beaucoup dans mes consultations et cela me fend le coeur. Il faut des heures de consultation pour solutionner cela et, bien souvent, ces chiens doivent finissent sous médication…

Pour conclure, je m’adresse à vous, propriétaires de chiens. Vous faites appel à un professionnel pour de l’aide et je vous en félicite, mais restez vigilants. L’avenir de l’éducation positive et du bien-être animal est entre vos mains. Les méthodes archaïques et punitives n’ont plus lieu d’être. Non, la punition n’est jamais acceptable, elle n’est jamais justifiée. Gardons à l’esprit que le chien est un être vivant et non une sous-espèce que nous devons dominer. Le chien est un compagnon de vie; à vous de prendre le temps de vous faire aider, grâce à des éducateurs prônant l’éducation positive et qui vous apportent des solutions douces, concrètes et efficaces.